Dans la série ''La FMSQ a 45 ans'', Denis Libersan nous raconte...

par Isa More
dans Profils de pilotes

Denis Libersan, la FMSQ célèbre ses 45 ans cette année et tu es un des membres des débuts, et encore actif dans l'association, tout d'abord comme pilote mais aussi comme papa de jeunes femmes elles-mêmes coureuses. Depuis les premières courses, avec un maximum de 30-40 participants, jusqu'à Victoriaville avec ses 700 coureurs, de l'eau a t'il coulé sous les ponts (rires)?
Beaucoup d’eau en effet, une trentaine de motos, 20 KTM de tous cylindrés, 6 Husqvarna, 2 Yamaha, 2 Honda, 1 Kawasaki, 1 Cagiva, 1 Beta et une Frankenstein: la Cagivhonda.Le temps file mais le plaisir demeure. Je suis particulièrement fier d’être encore là, aux première loges, pour voir nos enfants faire de la moto hors route avec leurs amis à tous les week-ends et me faire crier « Tasse toi mon oncle » quand je suis dans leur chemin.

Flashback, avril 1983. Après avoir lu une chronique de Claude Léonard sur l'enduro dans Moto Journal, tu t'achètes une moto off road, tu te bâtis toi-même une remorque et tu fais ta première course d'enduro à Mont-Laurier (organisée par Michel Falardeau). Rien que pour essayer... Mais c'est la piqure pour toujours.
C’est curieux comment des évènements anodins peuvent changer le cours des choses. Je recevais à tous les mois la revue Moto Journal que je lisais religieusement, surtout pour ce qui avait attrait aux motos de route. C’était mon trip à ce moment-là: les grosses motos de route, genre faire le « cave » sur une Suzuki 1100. Claude Léonard écrivait souvent des articles sur le motocross et à l’occasion sur l’enduro. ''L’enduro c’est quoi ça?'' Michel Falardeau organisait un enduro à Mont-Laurier que la plupart des participants ne venaient pas à bout de finir. Pour ceux qui connaissent le coup de plume de Claude Léonard , c’était comme le chant d’une sirène, fallait que j’essaie, que je plonge. Achète une XR 350 chez Moto Internationale, construis une remorque la semaine suivante (que j’ai vendue à Félicia Robichaud 32 ans plus tard!). Voilà c’était parti, le fun commence!

Les années ''Derby Demolition'' des années 80: des circuits difficiles, des motos peu performantes qui se plantent, mais au final toujours une aventure, est-ce pour toi l'âge d'or de l'enduro?
Non, l’âge d’or, on le vit aujourd’hui avec des motos fiables, hyper faciles à piloter, qui pardonnent à peu près toutes les erreurs possibles et qui rendent le sport accessible à plein de gens. En contre-partie, avec l’âge d’or, il faut voir comment les plus jeunes vont pouvoir continuer à participer à ce sport vu le coût et la complexité des motos d’aujourd’hui.

Les 2 temps dans le temps, mais aussi le retour de ces 2 temps actuellement. Comment expliquer ce retour?
La simplicité et le coût d’entretien face aux motos à moteur 4 temps, avec un minimum d’attention, on peut sortir plusieurs saisons d’une moto à mécanique 2 temps et ce à peu de frais, que ce soit une KTM, Yamaha ou BETA (que j’aime beaucoup soit dit en passant), les motos 2 temps sont plus abordables pour le coureur. Avec un 4 temps, il faut une approche méticuleuse de leur entretien ou un budget considérable quand la grenade explose.

Avec Josianne Bax (première femme à faire de l'endurocross au Québec, juste avant Lucie Bonnier et Lise Pouliot) et Joël Lepley (le papa de Théo Lepley chez les inter), quels souvenirs majeurs retiens-tu de cette période pionnière de la FMSQ?
Je te raconte une anecdote... Donc, ma première course était à Mont–Laurier en 1983. Un enduro très difficile pour moi qui débute dans le sport avec ma XR 350 flambant neuve. Le sentier traverse un marécage qui est impossible à contourner. Gros embouteillage, des motos (presque toutes des deux temps) partout qui piochent dans la boue, un épais nuage de fumée bleue qui prend à la gorge et rend la forêt environnante comme un monde surréel. Pas le choix, je m’arrête pour essayer de reprendre mon souffle. À côté de moi un autre coureur sur une XR 200. On enlève nos casques en même temps et on se regarde, le choc... ''T'es une fille?'' ''-Ben oui, maudit épais!''. C’est comme ça que j’ai rencontré Josianne Bax. Je ne pouvais pas concevoir qu’une fille pouvait faire un sport de fou comme l’enduro. Joël c’est différent, il demeurait avec Lise Pouliot pas loin de chez moi à Montréal, un alsacien avec une fille du lac Saint-Jean et qui partageait son temps entre le trial et l’enduro. On ne se connaissait pas, Il faisait déjà parti de la QTRF (Quebec Trail Rider Federation), ancêtre de la FMSQ, depuis quelques années déjà et nous nous sommes rencontré aux courses. Le début des années 80 a, pour une raison que j’ignore, réuni une collection de joyeux lurons issue de tous les milieux dans un club marginal qui organisait des courses d’enduro. C’est probablement une des raisons pourquoi je suis resté accroché.

Tu m'as dit qu'à l'époque, le fun était vraiment pogné, vous faisiez les réunions du CA de la FMSQ à la bière dans des bars et vous tiriez à la courte paille pour qui allait être président du C.A du club. Mettiez-vous des casques pour faire les courses et fumiez-vous des cigarettes entre deux heats (rires)?
Si on considère que sur 40 coureurs, 5 avaient le talent et la motivation pour gagner et prenaient les moyens pour le faire, 10 étaient limite côté talent et voulaient gagner mais ne pouvaient pas dire non à une bière et les 20 suivants n'avaient pas beaucoup de talent mais en plus étaient incapables de ne pas passer le samedi soir aux danseuses et de sortir de là à quatre pattes la veille des courses (c’était mon cas). Les cinq derniers finissaient en avant des vingt gorlots.

On souligne l'esprit compétitif et la grande discipline des coureurs actuels, alors qu'à ton époque, le but était parfois de saouler son ami-compétiteur pour avoir plus de chances de gagner le lendemain, est-ce que cette stratégie fonctionnait plus (rires)?
Ça a toujours été ma stratégie: compenser le manque de talent par la ruse.

Dans les années 90 de la FMSQ, les courses deviennent de plus en plus sérieuses, mais dans un esprit plus compétitif et familial. Te doutais-tu que tes filles Juliette et Margaux allaient te suivre un jour?
Dans les années 90, je ne pensais pas à la relève, aux enfants, aux responsabilités familiales. 100% de mes temps libres, c’était d’aller aux courses, peu importe où. À partir de la naissance de Juliette et Margaux, soit à partir de 1997, mon point de vue a changé. Claude Leonard et Joel Lepley ont joué le rôle de visionnaires pour le club et ont poussé la création des classes pee-wee pour les enfants et ainsi initié un nouveau virage pour la FMSQ. Dans les années 2000, la fédération a pris son envol, on y a vu de plus en plus de femmes et de petits.

Tu m'as dit que l'aspect social et familial de la FMSQ est son grand charme et que cela permet aux familles de passer un temps de qualité majeur ensemble, ce qui vaut tout son pesant d'or dans une société de plus en plus individualisée?
Je pense sincèrement que la clé du succès de la FMSQ, c’est son volet familial. Les évènements sont bien organisés, pas trop difficiles, de sorte que la majorité des coureurs ont du plaisir et ils permettent à un grand nombre de familles de passer des week-end très agréables. J’aime les courses de 'misère', mais ce n’est pas ce que le sport en général a besoin pour avoir du succès.

Il y a eu les périodes fastes du club mais il y a eu aussi les vides, mais personne n'a jeté le torchon et toujours porté le flambeau. La récession est-elle le pire ennemi du club, vu que c'est un sport qui coûte cher?
La multitude des activités qui sont disponibles est en compétition avec notre sport, la difficulté à avoir accès à des endroits pour pratiquer la moto hors route, le prix des motos et la morosité de l’économie font en en sorte que la relève ne sera peut-être pas suffisante pour assurer notre avenir.

Quelle est ton opinion sur le futur de ce sport marginal?
Il faut continuer à garder l’équilibre entre l’aspect familial et la compétition et trouver le moyen de regarnir les classes débutantes pour assurer la relève. Ce sport marginal aura permis à tout un groupe d’individus, qui autrement ne se serait probablement jamais rencontré, de se côtoyer de 10 à 15 week-ends par année. Et ce, depuis plus de trente ans, pour s’amuser dans la boue et la poussière et, par la même occasion, y entrainer leurs enfants (qui sont aujourd’hui, dans bien des cas, plus vite que nous). Quel beau sport!

Comment expliques-tu l'attrait actuel des sports d'action chez les jeunes?
Marketing, Red Bull de ce monde et testostérone (Advil pour Joel).

Si on aime les courses très difficiles comme dans le temps (rires), tu nous recommanderais laquelle à faire?
La Doré, c’est ce que j’ai fait de plus dur. Le Corduroy, c’est du bonbon.

 

Merci Denis! Bonne saison 2016!