Martine ''Maman Naud'' Bagnoud: une ''racing mom'' gaz au fond!

par Isa More
dans Profils de pilotes

Martine Bagnoud, on vous connaît surtout sous le surnom de "Maman Naud" ici à la FMSQ. Vous êtes-donc officiellement une ''racing mom'', est-ce par amour inconditionnel de ses enfants qu'on les suit dans la boue ou par passion partagée du sport?
Je dirais un peu des deux! C’est sûr que j’adore mes deux garçons. Depuis mon jeune âge, j’aime tout ce qui est moteur et course automobile. Cependant, j’ai découvert le côté « aventure » du VTT à peu près en même temps que les gars, qui avaient à l’époque 4 et 6 ans, et à la grande surprise de ceux qui me connaissent seulement à l’extérieur du circuit, je n’ai en effet pas peur de me salir pour la cause! Disons qu’on est très loin de l’époque où je paniquais pour un ongle cassé!

Certains parents choisissent d'être assez relax dans leur rôle de support, mais vous, vous vous retroussez les manches et vous organisez des levées de fonds pour soutenir des projets pour la ''Naud Racing Team'', quel est le dernier accompli sur votre liste, et le prochain?
Ceux qui me connaissent seront d’accord, quand j’embarque dans quelque chose, c’est à fond, pas à moitié. Depuis que les gars ont commencé la compétition en 2004, je suis à la recherche constante de commanditaires. Je dois cependant avouer que je suis plus « crédible » aux yeux des personnes et compagnies sollicitées depuis qu’ils roulent dans la catégorie expert. Je suis fonceuse et j’ai pour mon dire que le pire qui puisse arriver est qu’on me dise « non », mais si je réussis à obtenir une aide quelconque, matérielle ou financière, c’est ça de plus! Je suis, depuis janvier, activement en campagne de financement pour les 12 heures de La Tuque. Nous avons organisé un Quillethon et fait le tirage d’une paire de billets de hockey au Centre Bell.  Je fais des suçons en chocolat et des boîtes de chocolat assortis que j’ai vendu un peu partout (familles, travail, amis) pour la St-Valentin, Pâques et la Fête des Mères et qui ont rapporté plus de 1 000 $. Avis aux intéressés, je prends les commandes! Nous faisons aussi la collecte des canettes et bouteilles consignées. Et à travers cette campagne, je cherche toujours des moyens de financer notre saison FMSQ.

Parlez-nous de vos fils Gabriel Naud #252 et François Naud #111, quel genre de pilotes sont-ils au regard de leur évolution?
Ils sont très différents et semblables à la fois. Gabriel est beaucoup plus téméraire en ce sens qu’il ne se demande pas si ça passe, il fonce! François est plus réfléchi, il évitera, lorsque possible, des obstacles pour préserver sa machine. Il y a quelques années, à la fin de la saison, nous avons levé les deux machines et il n’y avait aucun doute quant à l’identité des pilotes de chacune, le dessous du VTT de Gabriel était pas mal plus amoché! Cependant, comme ils ont toujours roulé ensemble depuis leur tout jeune âge, l’un connaît les réactions de l’autre face à une situation donnée. C’est fascinant de les voir jouer au chat et à la souris en situation de course et ils y prennent autant de plaisir que nous en avons à les regarder!

Qu'est-ce qui compte le plus dans la réussite d'un enfant dans un sport comme le VTT: le talent pur, le travail, la chance ou la présence financière et émotive d'un parent?
Je crois qu’avant tout, l’enfant doit faire ça parce qu’il a du plaisir à le faire, tout comme n’importe quelle activité, surtout pas pour faire plaisir à ses parents. Quant à sa réussite, plusieurs facteurs comptent. C’est certain que le talent y est pour une chose; la chance, peut-être parfois. C’est très stratégique comme sport, alors le succès de l’un peut être relié à la malchance de l’autre, qu’on parle d’une mauvaise décision sur le circuit, d’un problème mécanique ou technique, d’un mauvais arrêt aux puits ou autres. Quant à la présence d’un parent, financière ou émotive... C’est sûr que, financièrement, nous avons fait des choix et beaucoup de sacrifices pour permettre aux gars d’évoluer dans leur sport, mais c’est sans aucun regret que nous l’avons fait. Nous sommes fiers de ce qu’ils ont accompli. Au niveau de la présence émotive, l’implication, du moins la nôtre, nous permet de créer des liens qui sont solides avec nos jeunes.

Comment gérer, en tant que maman, l'inquiétude des blessures à chaque course? Est-ce qu'on s'habitue enfin un jour?
Définitivement pas. Depuis toujours, j’ai envie de pleurer aux abords de l’aire de départ, à quelques secondes du signal. Je suis alors fébrile, excitée... Et très inquiète. Une fois que la course est lancée, que les pilotes sont sortis des premiers virages, ça se calme un peu mais si par malheur, l’un d’eux n’est pas sorti du bois au scan, je capote! Je fais les cent pas en attendant qu’ils arrivent. Cependant, en tant que parents, lorsqu’on cautionne que nos enfants pratiquent un tel sport, il faut vivre avec cette inquiétude et en venir à l’apprivoiser un peu. Facile à dire certains diront! Oui, c’est vrai, venez me voir au début de chaque course, je ne serai sûrement pas zen!

Le VTT est-il un sport reconnu?
Pas du tout et c’est dommage. Ce sport est encore considéré comme un loisir et ceux qui ne le pratiquent pas en situation de course n’ont aucune idée à quel point ça peut être exigeant, tant au niveau physique pour le pilote que pour la machine. Quand on parle de VTT, Monsieur et Madame Tout-le-Monde pense à quelqu’un qui fait une randonnée tranquille dans le bois. Les gens ne peuvent s’imaginer à quel point ce sport peut être exigeant. Il faut côtoyer des pilotes d’endurance pour le réaliser.

Si l'endurocross n'existait pas, quelle serait votre option B?
L’endurocross ne faisait pas partie de notre plan de match, puisque nous ne le pratiquions pas comme parents alors, nous n’avons aucun plan B. Et comme les gars ne sont pas prêts d’arrêter la compétition... On reste avec l’option A et nous serons à leurs côtés tant qu’ils voudront qu’on y soit!

Est-ce qu'on parle toujours de VTT dans la famille Naud?
Oh que si! J’avoue que je deviens pas mal bonne dans le domaine, à les entendre parler de toutes sortes de trucs, de pièces. Parfois, à table, je tente de faire dévier le sujet mais ça ne dure jamais longtemps... Chasser le naturel et il revient au galop!!!! J’aimerais faire une parenthèse là-dessus. À une certaine époque, les gars, entre eux, s’amusaient à relier tous les chiffres qu’ils voyaient à des numéros de pilotes. Bien, j’ai été atteinte par cette maladie. Maintenant, chaque fois que je vois un chiffre qui représente le numéro d’un pilote – et j’en connais pas mal – que ce soit l’heure, un numéro de route, le prix d’un produit à l’épicerie ou un chiffre quelconque, je pense à cette personne! C’en est devenu une obsession!

Comment trouver la bonne façon d'encourager son enfant dans un sport d'action dangereux: pousser sans trop pousser, encourager dans les défaites, responsabiliser une bonne éthique de travail, encourager un bon esprit sportif, être là pour les autres concurrents... Toutes ces valeurs d'éducation qui passent aussi par le sport...? Quelle est votre philosophie par rapport à ceci?
D’abord, les gars ont commencé à rouler sur leurs propres VTT dès l’âge de 4 et 6 ans. Lors de nos randonnées en famille, nous leur avons inculqué des valeurs importantes, telles que le respect de l’environnement, des autres, de la propriété d’autrui. Étant donné qu’ils ont presque toujours coursé dans les mêmes catégories, nous avons dû leur apprendre que sur la piste, ils sont compétiteurs et qu’un peut dépasser l’autre si l’occasion se présente. Ceci dit, il n’y a jamais eu de rivalité entre eux, jamais. Ils n’ont aucune difficulté à se réjouir du succès de l’autre et à l’inverse, ils sont là l’un pour l’autre dans les moins bons moments. Nous sommes très fiers de la façon dont ils ont grandi dans la compétition. Ceci dit, avant chaque course, sur la ligne de départ, après leur avoir dit que je les aime, je leur dis: « Fais ce que tu as à faire mais fais attention! ». Et sur le bord de la piste, dans la minute qui précède le coup de départ, je prie tous mes anges au ciel (et j’en ai beaucoup) de prendre soin d’eux!

Merci Martine, bonne saison 2016!