Hubert Desharnais: mécano de champion.

par Isa More
dans Profils de pilotes

Hubert Desharnais, tu es le ''mécano'' de Philippe Chaîné et de Francis Ouimette pour l'équipe TCO/KTM Canada. Avec Chaîné, tu l'as suivi comme son ombre aux GNCC aux USA, en France aux ISDE et tu étais à ses côtés pendant toute la saison d'endurocross provincial et d'enduro canadien de l'est. Tu agis discrètement, avec beaucoup de maîtrise de tes émotions, et ta fiabilité est irréprochable. Comment devient-on mécano d'un champion (puisque Philippe Chaîné a remporté les deux championnats cette année!)?
Étant donné que Phil et moi nous nous connaissions depuis toujours et qu’on s’entendait bien et qu'il savait que j’étais un gars compétitif, ça s'est fait naturellement. Je connaissais bien le monde des courses puisque je course à la FMSQ depuis mon très jeune âge, alors il m’a offert le poste. Toutefois, on dit mécano, car c’est le terme le plus fréquemment utilisé, mais en fait j’agis plus sous le terme de gérant de puits.

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Donc, avec ces deux plaques numéro 1 et une médaille d'or aux ISDE, comment avez-vous fêté ça entre le champion et son ''gérant de puits'' (rires)?
Pour ce qui est des ISDE, on est plutôt restés tranquilles. On a fêté ça en prenant un verre ensemble et en mangeant un bon repas à Brive-la-Gaillarde et à Paris. Et pour les championnats, on en a bien profité au banquet de la FMSQ.

Comment on motive la future saison après tant de réussites?
C’est très simple car Philippe est très fonceur et persévérant. Il sait ou il veut aller et il sait ce qu’il a à faire. Alors, je le soutiens dans ce qu’il entreprend et l’encourage à aller toujours plus loin. Cependant, je n’ai pas besoin de le motiver en tant que tel. Il a de l’énergie et de la motivation à revendre.

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Quel pilote t'as le plus impressionné cette année, par ses performances, sa progression ou par son éthique professionnelle?
Sans aucun doute ma copine Élizabeth Nadeau, car pour sa première année de course, elle a su se démarquer et s’améliorer énormément. Tout ça m’a bien impressionné puisqu’elle n’avait jamais roulé de moto avant. Elle pratique très fort et ses efforts ont porté fruit, car elle a gagné son tout premier championnat.

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As-tu appris la mécanique sur le tas ou par une formation?
Je n’ai pas de formation en mécanique, j’ai appris la majorité de mes connaissances grâce à mon père. Aussi, à force de « taponner » sur mes machines, j’ai été en mesure d’en apprendre davantage.

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De toutes ces courses, quel est le plus grand souvenir que tu conserveras de 2017?
Il n’y pas eu d’énormes anecdotes se démarquant des autres, mais c’est sûr qu’il y a eu beaucoup de 'bad lucks' (bris, blessures, etc.) pendant les courses, autant de la part de Philippe Chaîné que de Francis Ouimette. Et ça, c’est très stressant. Toutefois, je dirais que l’expérience la plus folle qu’on a vécue ensemble avec Phillipe est sans doute de profiter des paysages et des attraits de Paris à la suite d’une belle médaille d’or aux ISDE.

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Tu es toi-même un pilote très rapide qui a décidé de rouler Sportsman (catégorie hors championnat). Pourquoi as-tu pris cette décision de rouler juste pour le plaisir et de mettre ta carrière de pilote ''en plan''?
Dans le temps que je coursais, la coche entre Inter et Pro était énorme. En Inter, j’étais habitué à être dans le top 3 et quand j’ai commencé en Pro, je ne faisais même pas de top 10. Alors, je trouvais ça très difficile et trop démotivant. J’ai alors perdu ma motivation et quelques temps après, j’ai arrêté car je n’avais plus d’intérêt envers mon sport. Un peu plus tard, j’ai recommencé pour le plaisir et j’ai réalisé que j’avais plus de fun à courser en Sportsman qu’en Pro. En Sportsman, il y a moins de pression et moins d’entraînement, je préfère ça. De cette manière, ça me donne la chance d’être présent pour Phil puisque la course Sportsman est le matin et celle des Pros est l’après-midi.

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Pour une saison avec Chaîné, c'est combien de kilomètres, de pistons, de pneus, de moteurs, de litres d'essence, d'heures de mécanique, allouette! (rires)?
Le plus gros de la mécanique est effectuée par Phil. Moi je suis là seulement lorsqu’il en a besoin. Une saison de course, c’est 60 000 kilomètres de route, 35 tires, 3 motos alors 3 moteurs, 1000 litres de gaz, 500 tear off et 100 heures de mécanique.

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Revenons sur l'incroyable saison de ta blonde Élizabeth Nadeau. Elle a gagné le première place chez les Dame Débutante A très facilement, devant Véronique Vanier et Eve Willard. Elle  a même fait un bond de deux classes pour le plaisir et quand son championnat était assuré pour vivre l'expérience Dame Inter. Comment motives-tu les pilotes autour de toi? Es-tu du genre à les pousser au-delà de leurs limites ou à les laisser progresser à leur rythme?
Quand je pratique avec ma blonde, j’ai tendance à la laisser progresser à son rythme, tout en mettant une légère pression tout de même (rires). Je l’amène toujours à des places très difficiles pour la faire pratiquer dans des endroits plus durs que ce quelle verra dans ses courses. Je ne mets pas de  pression de manière à ce qu’elle performe pour faire des podiums, car elle sait que c’est important de progresser à son rythme et de ne pas rouler 'over', mais elle sait que je serai toujours là pour l’encourager.

Pendant les courses, on sent ton stress intérieur quand tu es dans les puits, même si tu restes en général très calme.  Quelle situation fait monter ton 'stressmeter' par exemple?
Oui, en effet, c’est plutôt stressant mais j’ai quand même un bon self-control de ce côté-là. Quand j’entends dans notre micro que Phil ou Francis ont dit quelque chose à quelqu’un de l’équipe positionné dans le bois et qu’on n'a pas vraiment entendu ce que les gars ont dit, je dois alors me préparer en conséquence. Parfois, ce peut être un bris, une blessure, ou autre, mais personne ne sait ce qui ne va pas. Ou encore, quand j’entends dans le micro que Phil s’est fait dépasser ou que celui en arrière s’approche de plus en plus. Finalement, le dernier tour est toujours le plus stressant puisque tout peut se jouer et on sait que rien n’est gagné tant que le dernier tour n’est pas terminé.

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L'équipe de KTM sur le terrain est l'une des plus professionnelles du circuit.  Quels sont les avantages d'avoir une team efficace, organisée et impeccable sur le plan éthique sportive?
Je dirais que le fait qu’on est beaucoup pour s’occuper des gars est un gros avantage. Que ce soit Claude Ouimette, Gabrielle David, Gilles David, Gabrielle Ouimette, Lise Ringuet, Johanne Chainé, Natasha Lachapelle, Julie Chainé, chacun joue un rôle très important auprès des gars. Aussi, grâce aux écouteurs, ça nous permet de tout savoir en tout temps. C’est autant important d’avoir des bonnes réactions lorsque quelque chose ne fonctionne pas et faire ce qu’il y a à faire lorsque c’est le temps. On est une équipe qui communique et s’entraide beaucoup alors ça nous permet de rester à l’affût. Je pense que les gars trouvent qu’on fait un bon travail tous ensemble. Je crois que tout ça rend le tout professionnel et c’est pour ça qu’on est efficace.

Tu fais quoi dans la vie hors de la moto?
Je travaille avec mon père afin de prendre la relève de la ferme familiale tout en allant à l’école en gestion d’entreprise agricole.

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Ton père Gilles Desharnais est deuxième dans sa catégorie enduro Vet A  avec Denis Aumais et Jean-Charles Bélanger et il a fait toute la saison FMSQ. Les chats ne font pas des chiens (rires)!  Qu'est-ce que ton père t'a appris de plus fondamental sur le pilotage?
En fait, toutes les techniques que j’ai acquises depuis que je suis jeune sont venues de mon père. Par exemple, il y a une chose que mon père m’a toujours répété: ne jamais rouler over! Et c’est l’attitude que j’ai adoptée et respectée tout au long de mes années de course.

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L'hiver, tu l'entreprends comment?  Es-tu un féru de l'entraînement ou tu en profites pour relâcher la pédale?
Je relâche la pédale. En fait, je collectionne les motoneiges antiques alors je passe une grande partie de mon temps à taponner dessus et à faire de la mécanique. J’aime aussi faire des rides de motoneige avec mes amis dans les sentiers. Sinon, je ne m’entraîne pas particulièrement pour la saison de moto.

MERCI HUB!
Merci à toi Isa!

Crédit photos: Allyson Lebel, Élizabeth Nadeau, famille Desharnais.