Michel Falardeau: le vieux loup de l'enduro.

par Isa More
dans Profils de pilotes

Dans la série des « dinosaures de l’enduro », après Denis Libersan et Thierry Lacombe, voici Michel Falardeau.
C'est une légende auprès des pilotes d’ici, car il a accompagné, pendant trois décennies, des pilotes québecois aux ISDE, les fameux Six Jours internationaux d'enduro. Il a été directeur de l'équipe Canada, suiveur, journaliste, ami des pilotes. Tout a été bon pour être présent à cette compétition, même y aller de ses propres moyens... Michel est une encyclopédie vivante des ISDE, des règlements FIM et aussi de l'enduro au Québec. Il peut partager d’innombrables anecdotes sur les courses FMSQ et de tous les bons coins des Hautes-Laurentides. N'oublions pas que le résident du Lac des Écorces a été aussi concessionnaire moto à Mont-Laurier et qu'il avait une école de pilotage.

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Michel, faisons des mathématiques. Depuis combien de temps es-tu dans le milieu de la moto et de l’enduro?
J'ai eu ma première moto KV 75 en 1972. J'ai fait ma première course d'enduro en 74 sur un RV 125, pas une vraie moto, mais j'ai eu la victoire dans ma catégorie et cela m’a donné la piqûre. En 76, j'ai fait ma première course à la QTRF (ancêtre de la FMSQ) et j'ai eu une victoire sur mon DT 125 Yamaha!

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Raconte-nous ta passion de rouler et de t’impliquer dans ton sport.
La moto m'a permis de découvrir la forêt. Mon plaisir est d'aller au bout d'un sentier inconnu pour moi. C'est comme cela que je me suis déjà retrouvé en face de deux frères qui se cachaient depuis la guerre. Mon premier enduro, c'était aussi 160 kilomètres de découvertes, bref génial! J'ai organisé mon premier enduro en 77 pour remercier les autres organisateurs.

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As-tu un palmarès sportif?
En junior, je finis 3. En senior, j’ai 11 points d'avance avant la dernière course que je ne fais pas. Je préfère aider Joël Lepley aux 6 jours. Je finis encore 3, mais nous avons gagné le championnat par équipe. En 86, je gagne ma classe en endurocross.

Qu'est-ce que cela t'a amené dans ta vie tous ces contacts humains, avec le concessionnaire, l'école de pilotage et les courses?
A connaître des gens formidables! Je dis toujours que ce que j'aime le plus dans la moto, c’est les gens que l'on y rencontre. Il y a toujours un plus fou que moi, un plus courageux et c'est ce courage (ou cette innocence) que j'admire.

Pour toi, l’âge d’or de l’enduro, c’était quand?
Au Québec, dans les années 80, on a déjà eu 12 enduros sur 4 mois. Cela m'a permis de découvrir le Québec et une partie de l'Ontario.

Raconte-nous la meilleure de tes anecdotes. Il y en a plusieurs j’imagine! Dans les années 80 aux ISDE, quand le pot d'échappement de Claude Léonard ne passait pas au sonomètre par exemple (rires)?
J’ai plus de 60 pages d'anecdotes sur les 6 jours. Celle de Claude, la voici: En Hollande, en 1984. Le test de son se fait au centre d'une piste de course où une course de petites cylindrées se déroule en même temps que Claude passe le test. Il se fait refuser deux fois, donc c'est la troisième et la dernière chance de passer. On met un demi-litre d'huile à deux temps dans la première partie de son échappement, du duc tape entre les silencieux et on fait juste une petite fente dans le tape et on bourre le silencieux de papier-main. Il réussit à passer le contrôle technique. Le matin de la course, la moto qui vient de passer deux jours sous la pluie, refuse de démarrer. Il doit la pousser. Durant la course, il trouvait bizarre que les gens pointaient sa moto. Il avait beau regarder, il ne trouvait rien d'anormal. Jusqu’à un moment où il n'a pas coupé le gaz pour regarder derrière et il voit... L'huile mélangée à l'essuie main s'était enflammée et chaque fois qu'il mettait le gaz, une flamme sortait du silencieux, mais quand il coupait le gaz pour regarder derrière, les flammes rentraient dans le silencieux. Une fois l'huile toute brûlée, il n'a plus fait de lance-flammes.

L’enduro s’est ''adoucit'' et s’est démocratisé avec l’endurocross. Quel est ton point de vue sur le sujet?
On n'a pas eu le choix, par manque de bénévoles et de terrains pour faire de l'enduro. L'endurocross a été le choix logique et cela nous a mené au motocross d'endurance que l'on fait maintenant au Québec, plus grand chose à voir avec l'enduro.
 
En quelle année as-tu été aux ISDE pour la première fois? Combien as-tu de participations à ton actif?
Depuis 1982, 17 fois, presque à toutes les années depuis ma retraite en 2007.

Quelle est ton année coup de cœur et pourquoi?
Les 3 fois en France. À cause de mon implication plus grande, des folies et des rencontres que nous avons fait. En 88, nous avions loué, le seul Ferrari deux cylindres au monde. Cela a permis à Marc Giroux d'avoir sa photo dans 'Dirt Bike'.

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Cette année, tu as été directeur de l'équipe canadienne au Trophée des Nations Vintage FIM. Les italiens t'ont invité rubis sur l’ongle et t’ont traité comme un chef. Enfin la consécration (rires)!? :
 Imagine: un centre de ski dans les Alpes qui fait aussi golf l'été. Une piste tracée entre les verts. Avec 57 légendes de la moto, je ne compte pas les trois québécois, même si Lucien Caggiano a déjà gagné un championnat mondial en side-car. Pendant 3 jours, tu manges avec et tu côtoies des gars comme Franco Acerbis, Cyril Neveu, Stéphane Peterhansel, des champions du Japon, des USA, de l'Australie, de la Suisse, et évidemment des italiens. Dans une ambiance de fête incroyable, où tous sont heureux de pouvoir passer du bon temps avec leurs anciens compétiteurs. Un rêve réalisé.

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Tu as amené la première pilote féminine québécoise aux ISDE en 2010, Karine Gendron de Mont Laurier, alors que la compétition s'est ouverte aux femmes en 2007. Tu es un précurseur! Des souvenirs à partager de cette expérience avec Karine et d'autres québécois?
Une grosse déception pour nous deux. Je savais Karine capable de le faire, mais les portions routières ont causées sa défaite. Elle n'avait jamais fait de route et n'était pas assez agressive. À sa défense, les trous géants et les vaches, ce n'est pas fréquent au Québec sur la route. J'ai quand même plusieurs pages de bons souvenirs de voyages, spécialement d'avoir roulé avec Thierry Lacombe au Missouri et au Nouveau Mexique.

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Avec ton expérience, quelle est la plus grande qualité des femmes pilotes?
Pas de préjugés, leur innocence. Est-ce qu'elles savent dans quoi elles s'embarquent (rires)? Farce à part, leur courage. C'est un des sports les plus durs. Avec des conditions qui le rendent à un niveau où si tu n'as pas un mental fort, tu ne peux pas finir.

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Il n'y avait pas d'équipe canadienne cette année aux ISDE. Décevant?
Oui, car au moins deux coureurs canadiens voulaient le faire et la soit-disant fédération canadienne n'a pas voulu les inscrire.

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As-tu été au Chili quand même?
Au moment de faire mes réservations, je me suis retrouvé à l'urgence de l'hôpital local. Mal de dos. Faire un pont de 44 pieds de long, ce n'est pas facile.

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Et de toute cette épopée, pour quels pilotes québécois as-tu le plus d’admiration?
Pour sa folie: Joël Lepley. Pour le pilote le plus complet des 40 dernières années aux 6 jours: Philippe Chaîné. Et tous les gens qui sont passés par mon école de pilotage, ce qui m'a permis de mieux les connaître.18519901_1309277202452956_9212682916601081842_n.jpg

As tu des randonnées ou des projets prévus pour 2019?
Depuis 2016, j'aide Gilles Dagenais a organiser une randonnée que nous cherchons à améliorer tous les ans. On pense avoir la bonne formule pour 2019. Avec un terrain au centre du village de Chutes St-Philippe pour camper. Toilettes avec eau courante, à 100 mètres du restaurant, bar et épicerie, boulangerie et camping avec service. On aura une randonnée familiale facile le samedi de 120 kilomètres. Les années passées, un couple l’a fait en duo sur un KTM 1090, la dame en était à sa troisième sortie en hors route. Au choix: en feuille de route ou guidée. Le dimanche, il y aura un vrai sentier d'enduro de 140 kilomètres où il sera possible de couper pour faire juste 40 ou 70 kilomètres, flèché comme en enduro. Le tout à la mi-août.

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Merci Michel!
Au plaisir de se revoir à notre randonnée, on le fait pour vous!

*Un gros merci à François Cominardi pour la collaboration.

**Crédit Photos: Michel Falardeau et profil Facebook Karine Gendron.